De très nombreuses informations de cette page proviennent des ouvrage de Philip Corbet , en particulier  "A Biology of Dragonflies", 1962.
La mention "in Corbet" que j'indique ci-contre fait appel à cet ouvrage fondamental en odonatologie.
Dangereuses les libellules ?
On les accusait autrefois de nombreux maux que leurs surnoms soulignaient comme Aiguille du diable, Sorcière, Poux de Serpent, Marteau de Sorcière. Cependant les libellules, même si ce sont de redoutables prédatrices pour leurs congénères et les autres insectes, n'ont pas de dard, pas de pinces, pas de dents, pas de venin, rien qui puisse inquiéter un humain. Elles ne mordent pas, ne piquent pas et tout ce qu l'on risque en les manipulant est de les abimer!
Prédateurs volants
Certains oiseaux ont la fâcheuse habitude de se nourrir de nos odonates. Le faucon hobereau (Falco subbuteo), le Guêpier d'Europe (Merops apiaster) sont 2 de ces gourmets.

 

Durée de l'accouplement
C'est une des plus petites demoiselles qui détient le record de durée, Ischnura elegans est en effet capable de rester 7 heures d'affilée en position de coeur copulatoire ("Dragonflies, Steve Brooks"). S'il est certain que le mâle passe un certain temps à éliminer ou mettre de côté le sperme issue du précédent mâle s'étant accouplé avec sa partenaire, puis à transférer son propre sperme dans la bourse et la spermathèque de la femelle, une bonne partie ce laps de temps semble occupé à ne rien faire...

Crocothemis erythraea, le Crocothémis écarlate est lui le champion de la brieveté; quelques secondes, quelques dizaines au plus, en plein vol de surcroît lui suffise pour assurer sa descendance.
Rôle des antennes
Il a été démontré de multiples rôles aux courtes antennes des libellules:
- elles percoivent et analysent le flux aérien permettant le contrôle du vol (Gewecke et al., 1974; Gewecke and Odendahl,
2004)
- elles détectent la température et l'hygrométrie (Rebora et al., 2008; Piersanti et al., 2011)
- elles ont un véritable rôle dans la prédation orientant olfactivement la libellule vers sa proie (First evidence of the use of olfaction in Odonata behaviour Silvana Piersanti, Francesca Frati, Eric Conti, Elda Gaino, Manuela Rebora, Gianandrea Salerno. Journal of Insect Physiology, 2014). Il est donc vraisemblable que cette fonction olfactive méconnue puisse jouer un rôle dans le comportement rerpoductif...
Battements par seconde
Les libellules sont d'excellents acrobates aériens mais les battements de leurs ailes sont loin d'atteindre des records:
- Aeshna cyanea 35/s
- Aeshna isoceles 40/s
- Sympetrum striolatum 45/s
- Cordulie aenea 65/s.
Nombre d'espèces

Dans les Mauges : plus de 45, sans doute près de 50.
Dans le Maine et Loire : 60.
En France : 96.
En Europe : 160.
Dans le monde : sans doute plus de 6500 ce qui fait des odonates un tout petit ordre parmi le million d'insectes estimé. Mais il est découvert de nouvelles espèces tous les ans et lors de notre voyage au Panama nous avons rencontré plusieurs espèces d'Argia qui n'ont jamais été décrites.

J'ai justement lu un article collectif, tout récemment, à propos du nombre de libellules et des publications annuelles(Zootaxa, Dijkstra et al., Odonata).
En 2008 Kalkman et al. estiment qu'il y a entre 1000 et 1500 espèces en attente de description. Depuis 1970 environ 40 espèces sont décrites chaque année.
Environ 250 espèces ont été décrites entre 2006 et 2010, presque toutes de la région tropicale.
En 2011 et 2012, 90 nouvelles espèces dans 10 genres ont été décrites mais d'autres espèces qui portaient des noms différents ont été "synonymisées".

Si donc, en 2010, le nombre d'espèces décrites était de 5952, ce nombre est actuellement proche de 6000 et devrait atteindre 7000 à 7500 dans le futur.

Durée du développement larvaire
Le temps qui s'écoule entre la ponte et l'apparition d'un imago est extrêmement variable; entre quelques semaines pour des espèces inféodées aux mares temporaires à 7 ans pour celles vivant dans des milieux pauvres en support nutritif et / ou particulièrement froids (Global diversity of dragonflies (Odonata) in freshwater, Vincent J. Kalkman, Viola Clausnitzer, Klaas-Douwe B. Dijkstra, Albert G. Orr, Dennis R. Paulson, Jan van Tol.)
Poids des libellules
Ischnura elegans pèse 20 mg, l'Anax imperator 60 fois plus, soit 1,2 g.
Coenagrion puella, l'Agrion jouvencelle 0.04 g, soit 40 mg.
Durée de vie
Elle est très variable selon les espèces, même en Europe. Dans la plupart des cas cette espérance de vie moyenne peut sans doute être estimée de 6 à 7 semaines (40 à 50 jours pour Corbet, dans "a Biology of dragonflies"). Cette durée de vie dépend complètement du comportement, des habitudes de vie  et de reproduction, et du climat.
Ainsi Sympecma fusca, en France, apparaît en août, passe la mauvaise saison à l'abri et ne réapparaît de façon active qu'en mars, pour disparaître en avril, soit une durée de vie de 8 à 9 mois.
En zone tropicale où alternent saisons sèche et humide, certains odonates dépendant des milieux temporairement humides, apparus en fin de saison humide, devront attendre le retour de cette saison humide pour pondre. Ils vont ainsi "estiver" en forêt.
Proies les plus grosses
Avec peu de risque de se tromper on peut citer le Gomphidae américain Hagenius brevistylus qui s'attaque à des proies beaucoup plus grosses que lui. En effet on a quelques témoignages d'attaque de Colibri! Ce très grand Gomphidae mesure environ 73 à 90 mm. Et la photo en lien ci-dessous le montre s'attaquant à Archilochus colubris, Colibri à gorge rubis, qui mesure entre 70 à 90 mm et pèse entre 2 et 6 g.
Le photographe est Darrell Ferriss, en Ontario (Canada). Les mandibules de la libellule sont cependant incapables de traverser les plumes. Après un temps de récupération le Colibri a repris son chemin!

Photo
Que mange les libellules ?
Comme leurs larves aquatiques, les libellules sont toutes carnivores et même si on les surprend posés sur des fleurs ou des feuilles, elles ne s'en nourissent jamais.
En tant que larve, elles se nourrissent de ce que le milieu leur offre, tout ce qui passe à portée de leur masque et qu'elles sont capables de capturer, c'est à dire de nombreuses autres larves (y compris celles d'autres odonates), de jeunes alevins, des tétards en passant par une myriade d'animacules aquatiques.
Imagos, elles se nourrissent essentiellement d'insectes (moustiques, moucherons et autres insectes ailés dont les papillons et autres libellules, rarement d'araignées, apparemment jamais de fourmis.
Record de plongée
Certaines femelles de zygoptères descendent profondément sous l'eau afin de pondre leurs oeufs, accompagnées ou non de leur mâle.
Erythromma najas descendrait jusqu'à 50 cm sous la surface de l'eau (Robert, 1958), Lestes sponsa 30 cm.
Erythromma najas resterait ainsi sous l'eau 25 minutes (Wesenberg-Lund, 1913) tandis que le record est atteint par le très commun Enallagma cyathigerum avec une plongée de 185 minutes, la femelle étant accompagnée du mâle (S. Schulz unpublished Diploma thesis, dans Thorp and Covich's Freshwater Invertebrates Volume 1, 2015). Paul André Robert donnait une longée de 65 minutes pour la même espèce (Libellules, 1958).
Taille des libellules
Dans nos régions on considère que Ischnura pumilio est le plus petit avec 31 mm au maximum, et que la plus grande atteint presque 3 fois sa taille: l'Anax imperator toise 84 mm pour les plus grands sujets.
En vérité, puisqu'elle a été redécouverte récemment en France, la plus petite en Europe est Nehalennia speciosa, la Néhalennie précieuse, qui n'atteindrait que 26 mm.

Au niveau mondial le record est détenu par Megalopreprus caerulatus, un Coenagrionidae, que j'ai rencontré au Panama, qui mesure 12 à 13 cm avec un envergure de près de 20 cm.
Beaucoup sont très petites, comme les Agriocnemis dont certains n'atteignent pas 20 mm.

Le plus petit Libellulidae, sans doute d'ailleurs le plus petit anisoptère est Nannophya pygmaea, 16 à 17 mm des appendices anaux au sommet de la tête.
Vitesse de vol dans nos contrées
On peut définir 2 catégories de sprinters; les anisoptères et les zygoptères, ces derniers étant beaucoup plus lents.
5 à 6 km/h pour les demoiselles.
Les libellules se contenteraient de vitesses entre 30 et 50 km/h, l'Anax parthenope ayant par exemple été flashé à 29 km/h...

Vitesse de vol: record
Une légende, hélas...
Tyllard (1917) a estimé que Austrophlebia costalis, une australienne, approchait les 100 km/h.
Malheureusement, Hocking (1953) a démontré que les capacités aérodynamiques de cette libellule ne pouvait pas lui permettre de dépasser 57,6 km/h par rapport à l'air (une vitesse plus élevée par rapport au sol est alors possible si le vent est favorable).
Il en est sans doute de même pour les plus rapides et cette vitesse doit être considérée comme une vitesse maximale absolue parmi tous les odonates.
Vol de nuit
Les libellules volent-elles la nuit ? Si les libellules sont connues pour être des adoratrices du soleil, certaines espèces, même en Europe sont parfois rencontrées en soirée, et même à la nuit tombée, certains Aeschnidae, Aeshna cyanea par exemple. Mais en région tropical cetaines volent bien après minuit et sont d'ailleurs attirées (on devrait d'ailleurs sans doute plutôt dire désorientées) par la lumière artficielle et les "pièges à lumière" des entomologistes les attirent parfois.
On connaît certaines espèces qui ne sont particulièrement actives qu'au soleil couchant, ou au soleil couchant et levant et Tholymis tillarga est bien connue pour ce comportment. Par son nom d'espèce Enallagma vesperum (Canada) indique bien que son activité ne débute qu'en soirée.
D'autres sont vues encore bien après minuit, comme Telephlebia godeffrovi godeilroyi (Tillyard, 1926), Ortlictrum Julia (Corbet, 1961c) and Heliaeshna libyana.
Il se pourrait même que quelques unes soient exclusivement nocturnes, comme Amphiaeshna ampla en Asie du sud-est (Lieftinck. 194ob, in Corbet).
Ces préférences nocturnes montrent certaines adaptations pour ces espèces, comme la taille très importante des yeux, et le vol rapide pour pallier au manque de chaleur nécessaire au métabolisme.
Yeux
Les odonates ont les yeux les plus gros de tous les insectes, et le lus grand nombre d'ommatidies (Corbet, 1999). Les yeux des grosses espèces comprennent environ 30.000 ommatidies ou yeux élémentaires, capables d'enregistrer 200 impulsions par secondes; en conséquence pour inviter une libellule au cinéma il faut tourner des films en 200 images par seconde et non pas 24 ou 30/s comme pour nous pauvres humains.
Foire aux réponses
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