De nombreuses informations de cette page proviennent des ouvrages de Philip Corbet , en particulier  "A Biology of Dragonflies", 1962.
La mention "in Corbet" que j'indique ci-contre fait appel à cet ouvrage fondamental en odonatologie.
Libellules, mais pourquoi "libellules" ?
Il faut revenir au XVI° siècle avec le moine zoologiste Guillaume Rondelet pour comprendre l'origine du terme libellule. Il a remarqué que la forme des larves aquatiques de ... certaines libellules, en l'occurence celles des zygoptères, ressemblait à celle de la partie supérieure du corps du requin requin marteau (Sphyrna zygaena).
Ce poisson avait recu différents noms vernaculaires dont celui de libella par analogie avec la forme d'un niveau de charpentier; il faut tout de même une bonne dose d'imagination pour y trouver une ressemblance...
Guillaume Rondelet a donc nommé ces larves Libella fluviatilis.
Ce n'est qu'en 1758 que le grand Linné fait franchir le pas et que Libella devient Libellula sans doute pour introduire une notion de petite taille par le suffixe dininutif ule.
Dangereuses les libellules ?
On les accusait autrefois de nombreux maux que leurs surnoms soulignaient comme Aiguille du diable, Sorcière, Poux de Serpent, Marteau de Sorcière. Cependant les libellules, même si ce sont de redoutables prédatrices pour leurs congénères et les autres insectes, n'ont pas de dard, pas de pinces, pas de dents, pas de venin, rien qui puisse inquiéter un humain. Elles ne mordent pas, ne piquent pas et tout ce que l'on risque en les manipulant est de les abimer!
L'étude des libellules, une science ?
Cela paraît peut-être étonnant mais des scientifiques consacrent en effet leur vie à l'étude des libellules.
Cette science a un nom, l'odonatologie. Tout simplement parce que le nom scientifique qui s'applique à la libellule est "odonate".
Pourquoi odonate ? C'est un terme qui est formé sur 2 racines grecques, odon, qui signifie dent, et gnath qui signifie machoire. Les odonates ont en effet une forte mandibule garnie d'aspérités pouvant évoquer des dents.
Prédateurs volants
Certains oiseaux ont la fâcheuse habitude de se nourrir de nos odonates. Le faucon hobereau (Falco subbuteo), le Guêpier d'Europe (Merops apiaster) sont 2 de ces gourmets.

 

Durée de l'accouplement
C'est une des plus petites demoiselles qui détient le record de durée, Ischnura elegans est en effet capable de rester 7 heures d'affilée en position de coeur copulatoire ("Dragonflies, Steve Brooks"). S'il est certain que le mâle passe un certain temps à éliminer ou mettre de côté le sperme issue du précédent mâle s'étant accouplé avec sa partenaire, puis à transférer son propre sperme dans la bourse et la spermathèque de la femelle, une bonne partie ce laps de temps semble occupé à ne rien faire...

Crocothemis erythraea, le Crocothémis écarlate est lui le champion de la brieveté; quelques secondes, quelques dizaines au plus, en plein vol de surcroît lui suffise pour assurer sa descendance.
Pourquoi l'accouplement nécessite-t-il cette gymnastique ?
Une photo ici permet de rappeler cette acrobatie nécessaire à la survie de l'espèce.
Cette position est imposée par la position unique dans le genre animal des appareils génitaux du mâle; en effet, si le sperme est produit sous les 8° et 9° segments abdominaux (organes génitaux primaires), l'organe inséminateur (pénis, organe génital secondaire) est situé sous le 2°. Quant à la femelle il est situé sous le 8° segment.
Le problème est donc de mettre en contact le 2° segment abdominal du mâle et le 8° de la femelle; la nature a trouvé élégant de former un coeur en cette occasion!
Pourquoi le mâle tient-il parfois la femelle pendant la ponte ?
Simplement pour éviter que la femelle ne soit capturée par un autre mâle et que celui-ci ne s'accouple avec elle. Car autre singularité des odonates, les mâles sont pourvus d'un outil qui lui permet d'enlever ou d'écarter le sperme d'un précédent partenaire afin d'être certain d'assurer sa propre descendance.
Les accouplements des odonates sont parfois très longs et on considère qu'une bonne partie de ce temps est consacré à retirer ou écarter le sperme des précédents partenaires.
Les mâles utilisent plusieurs techniques: soit ils accompagnent la femelle à la ponte (parfois même sous l'eau) en conservant leur prise sur le thorax, soit ils restent en volant à proximité pour décourager ou attaquer tout concurrent trop entreprenant.
Plus complexe encore est le cas des libellules du genre Tramea; alors qu'elles volent en tandem au dessus de l'eau le mâle lache la femelle qui va brièvement secouer son abdomen pour larguer quelques oeufs, puis rejoint le mâle qui reprend son étreinte sur le thorax, avant de recommencer quelques mètres ou dizaines de mètres plus loin.
Et en hiver, où sont les libellules ?
Elles sont mortes! En tout cas en Europe et dans le Paléarctique.
Les libellules sont comme les fleurs; elles apparaissent chacune à leur saison puis disparaissent quelques semaines ou quelques mois plus tard. Dans ma région, l'Ouest de la France, les dernières émergées en août voire septembre ont toutes disparues fin novembre, ou début décembre si la météo est clémente. Elles ne survivent à l'hiver que par leurs oeufs ou leurs larves qui vivent dans l'eau.
Mais bien sûr il y a des exceptions représentées en Europe par Sympecma fusca et paedisca, les 2 seuls odonates à passer l'hiver à l'état adulte; il ne s'agit pas d'une hibernation à proprement parler mais d'un rythme très ralenti, et au prix de pertes importantes puisqu'on estime que moins de 50% de la population de S. paedisca survit à l'hiver (Adult survival of Sympecma paedisca (Brauer), during hibernation - R. Manger & N.J. Dingemanse). Ceci en fait l'odonate qui montre la vie plus longue à l'état adulte, car apparu en août il ne disparaît qu'en mars ou avril de l'année suivante.
La situation est complètement différente dans les zones tropicales ou équatoriales ou l'on trouve des odonates toute l'année.
La libellule; un animal aquatique ?
On ne voit le plus souvent de la libellule que l'insecte ailée qui évolue sur la rivière ou l'étang. Mais ce ci ne représente qu'une faible partie de la vie de l'odonate. Sa vie larvaire, uniquement aquatique est beaucoup plus longue. Certains Coenagrion très communs comme Pyrrhosoma nymphula débutent leur vie (larvaire) après la ponte en mai, mais ne sortiront de l'eau pour "prendre des ailes" qu'en avril de l'année suivante après avoir passé 10 mois sous l'eau.
Pour d'autres il faudra jusqu'à 7 années pour effectuer le cycle de mues menant à une larve prête à émerger.

Mais comme toujours dans la nature il y a des exceptions; certaines se contentent de mares temporaires en région tropicales et doivent accélerer leur cycle de mues, au point de ne passer que quelques semaines dans l'eau. C'est le cas de l'espèce la plus répandue géographiquement, Pantala flavescens.
Rôle des antennes
Il a été démontré de multiples rôles aux courtes antennes des libellules:
- elles percoivent et analysent le flux aérien permettant le contrôle du vol (Gewecke et al., 1974; Gewecke and Odendahl,
2004)
- elles détectent la température et l'hygrométrie (Rebora et al., 2008; Piersanti et al., 2011)
- elles ont un véritable rôle dans la prédation orientant olfactivement la libellule vers sa proie (First evidence of the use of olfaction in Odonata behaviour Silvana Piersanti, Francesca Frati, Eric Conti, Elda Gaino, Manuela Rebora, Gianandrea Salerno. Journal of Insect Physiology, 2014). Il est donc vraisemblable que cette fonction olfactive méconnue puisse jouer un rôle dans le comportement reproductif...
Battements par seconde
Les libellules sont d'excellents acrobates aériens mais les battements de leurs ailes sont loin d'atteindre des records:
- Aeshna cyanea 35/s
- Aeshna isoceles 40/s
- Sympetrum striolatum 45/s
- Cordulie aenea 65/s.
Nombre d'espèces

Dans les Mauges : plus de 45, sans doute près de 50
Dans le Maine et Loire : 63
En France : 97 (mis à jour en 2017 avec la première mention de Trithemis Kirbyi dans le sud de la France)
En Europe : 160
Dans le monde : sans doute plus de 6500 ce qui fait des odonates un tout petit ordre parmi le million d'insectes estimé. Mais il est découvert de nouvelles espèces tous les ans et lors de notre voyage au Panama nous avons rencontré plusieurs espèces d'Argia qui n'ont jamais été décrites.

J'ai justement lu un article collectif, tout récemment, à propos du nombre de libellules et des publications annuelles(Zootaxa, Dijkstra et al., Odonata).
En 2008 Kalkman et al. estiment qu'il y a entre 1000 et 1500 espèces en attente de description. Depuis 1970 environ 40 espèces sont décrites chaque année.
Environ 250 espèces ont été décrites entre 2006 et 2010, presque toutes de la région tropicale.
En 2011 et 2012, 90 nouvelles espèces dans 10 genres ont été décrites mais d'autres espèces qui portaient des noms différents ont été "synonymisées".

Si donc, en 2010, le nombre d'espèces décrites était de 5952, ce nombre est actuellement proche de 6000 et devrait sans doute dépasser 7000 dans le futur.

Durée du développement larvaire
Le temps qui s'écoule entre la ponte et l'apparition d'un imago est extrêmement variable; entre quelques semaines pour des espèces inféodées aux mares temporaires à 7 ans pour celles vivant dans des milieux pauvres en support nutritif et / ou particulièrement froids (Global diversity of dragonflies (Odonata) in freshwater, Vincent J. Kalkman, Viola Clausnitzer, Klaas-Douwe B. Dijkstra, Albert G. Orr, Dennis R. Paulson, Jan van Tol.)
Poids des libellules
Ischnura elegans pèse 20 mg, l'Anax imperator 60 fois plus, soit 1,2 g.
Coenagrion puella, l'Agrion jouvencelle 0.04 g, soit 40 mg.
Durée de vie
Elle est très variable selon les espèces, même en Europe. Dans la plupart des cas cette espérance de vie moyenne peut sans doute être estimée de 6 à 7 semaines (40 à 50 jours pour Corbet, dans "a Biology of dragonflies"). Cette durée de vie dépend complètement du comportement, des habitudes de vie  et de reproduction, et du climat.
Ainsi Sympecma fusca, en France, apparaît en août, passe la mauvaise saison à l'abri et ne réapparaît de façon active qu'en mars, pour disparaître en avril, soit une durée de vie de 8 à 9 mois.
En zone tropicale où alternent saisons sèche et humide, certains odonates dépendant des milieux temporairement humides, apparus en fin de saison humide, devront attendre le retour de cette saison humide pour pondre. Ils vont ainsi "estiver" en forêt.
Proies les plus grosses
Avec peu de risque de se tromper on peut citer le Gomphidae américain Hagenius brevistylus qui s'attaque à des proies beaucoup plus grosses que lui. En effet on a quelques témoignages d'attaque de Colibri! Ce très grand Gomphidae mesure environ 73 à 90 mm. Et la photo en lien ci-dessous le montre s'attaquant à Archilochus colubris, Colibri à gorge rubis, qui mesure entre 70 à 90 mm et pèse entre 2 et 6 g.
Le photographe est Darrell Ferriss, en Ontario (Canada). Les mandibules de la libellule sont cependant incapables de traverser les plumes. Après un temps de récupération le Colibri a repris son chemin!

Photo
Combien de pattes, combien d'ailes ?
Comme tous les insectes les libellules ont 6 pattes; les 2 pattes antérieures servent surtout à la capture et au maintient des proies, les pattes médianes et postérieures à se cramponner sur les supports (ou même dans certaines circonstances à se déplacer).
Elles ont 4 ailes qui ont la particularité d'être indépendantes ce qui permet à la libellule toutes sortes d'acrobaties aériennes.
Que mange les libellules ?
Comme leurs larves aquatiques, les libellules sont toutes carnivores et même si on les surprend posés sur des fleurs ou des feuilles, elles ne s'en nourissent jamais.
En tant que larve, elles se nourrissent de ce que le milieu leur offre, tout ce qui passe à portée de leur masque et qu'elles sont capables de capturer, c'est à dire de nombreuses autres larves (y compris celles d'autres odonates), de jeunes alevins, des tétards en passant par une myriade d'animacules aquatiques.
Imagos, elles se nourrissent essentiellement d'insectes (moustiques, moucherons et autres insectes ailés dont les papillons et autres libellules, rarement d'araignées, apparemment jamais de fourmis.
Qui mange les libellules ?
Les prédateurs des libellules sont nombreux, à tous les stades de la vie de l'insecte.
La larve est la proie des poissons mais aussi d'autres larves de libellules plus grosses!
Lors de l'émergence elle est victime des grenouilles, des lézards, des araignées, des fourmis, des oiseaux aquatiques (Aigrettes, Hérons, Martin pêcheurs...), voire des ours!
Lors de la vie adulte on peut ajouter aux prédateurs déjà cités les oiseaux de toutes espèces (Guêpiers, Gobe-mouche, Faucon hobereau, Martinet...), certains de véritables spécialistes des libellules qui les accompagnent dans leurs migrations. Certains insectes comme les frelons (ici décapité par Vespa sp.), les Asilidae et les mantes...
N'oublions pas les parasites, qu'ils soient diptère (Forcipomyia paludis), ou acariens du genre Arrenurus (Arrenurus papillator) qui se nourrissant de l'hémolymphe des libellules les affaiblissent et peuvent sans doute abréger leur vie quand ils sont en grand nombre.
Et bien sûr l'homme, qui sans parler de la destruction de ses habitats ou de la pollution des eaux, s'en nourrit, principalement en Asie ou différentes techniques de captures ont été adoptées, depuis le rameau enduit de sève gluante jusqu'à des méthodes "sophistiquées" comme le Buri ou Toriko au Japon. Mais cette entomophagie reste très limitée et appartient surtout à la tradition ("Buri" or "Toriko", a traditional Japanese method of catching dragonflies, Y. Hatto - Odonatologica 23(3): 283-289).
Les odonates sont dégustés sous forme de larves (lien vers une autre page) bouillies ou frites, ou à l'état adulte ce qui est plus sportif car la capture n'est pas forcément aisée.
Record de plongée
Certaines femelles de zygoptères descendent profondément sous l'eau afin de pondre leurs oeufs, accompagnées ou non de leur mâle.
Erythromma najas descendrait jusqu'à 50 cm sous la surface de l'eau (Robert, 1958), Lestes sponsa 30 cm.
Erythromma najas resterait ainsi sous l'eau 25 minutes (Wesenberg-Lund, 1913) tandis que le record est atteint par le très commun Enallagma cyathigerum avec une plongée de 185 minutes, la femelle étant accompagnée du mâle (S. Schulz unpublished Diploma thesis, dans Thorp and Covich's Freshwater Invertebrates Volume 1, 2015). Paul André Robert donnait une plongée de 65 minutes pour la même espèce (Libellules, 1958).
Taille des libellules
Dans nos régions on considère que Ischnura pumilio est le plus petit avec 31 mm au maximum, et que la plus grande atteint presque 3 fois sa taille: l'Anax imperator toise 84 mm pour les plus grands sujets.
En vérité, puisqu'elle a été redécouverte récemment en France, la plus petite en Europe est Nehalennia speciosa, la Néhalennie précieuse, qui n'atteindrait que 26 mm.

Au niveau mondial le record est détenu par Megalopreprus caerulatus, un Coenagrionidae, que j'ai rencontré au Panama, qui mesure 12 à 13 cm avec un envergure de près de 20 cm.
Beaucoup sont très petites, comme les Agriocnemis dont certains n'atteignent pas 20 mm.

Le plus petit Libellulidae, sans doute d'ailleurs le plus petit anisoptère est Nannophya pygmaea, 16 à 17 mm des appendices anaux au sommet de la tête.
Vitesse de vol dans nos contrées
On peut définir 2 catégories de sprinters; les anisoptères et les zygoptères, ces derniers étant beaucoup plus lents.
5 à 6 km/h pour les demoiselles.
Les libellules se contenteraient de vitesses entre 30 et 50 km/h, l'Anax parthenope ayant par exemple été flashé à 29 km/h...

Vitesse de vol: record
Une légende, hélas...
Tyllard (1917) a estimé que Austrophlebia costalis, une australienne, approchait les 100 km/h.
Malheureusement, Hocking (1953) a démontré que les capacités aérodynamiques de cette libellule ne pouvait pas lui permettre de dépasser 57,6 km/h par rapport à l'air (une vitesse plus élevée par rapport au sol est alors possible si le vent est favorable).
Il en est sans doute de même pour les plus rapides et cette vitesse doit être considérée comme une vitesse maximale absolue parmi tous les odonates.

Ils sont capables de supporter des accélérations importantes, 4 G en ligne droite et 9G en virage serré ( Rowe RJ (2004) Dragonfly flight.)!
Vol de nuit
Les libellules volent-elles la nuit ? Si les libellules sont connues pour être des adoratrices du soleil, certaines espèces, même en Europe sont parfois rencontrées en soirée, et même à la nuit tombée, certains Aeshnidae, Aeshna cyanea par exemple. Mais en région tropical certaines volent bien après minuit et sont d'ailleurs attirées (on devrait d'ailleurs sans doute plutôt dire désorientées) par la lumière artficielle et les "pièges à lumière" des entomologistes les attirent parfois.
On connaît certaines espèces qui ne sont particulièrement actives qu'au soleil couchant, ou au soleil couchant et levant et Tholymis tillarga est bien connue pour ce comportment. Par son nom d'espèce Enallagma vesperum (Canada) indique bien que son activité ne débute qu'en soirée.
D'autres sont vues encore bien après minuit, comme Telephlebia godeffrovi godeilroyi (Tillyard, 1926), Ortlictrum Julia (Corbet, 1961c) and Heliaeshna libyana.
Il se pourrait même que quelques unes soient exclusivement nocturnes, comme Amphiaeshna ampla en Asie du sud-est (Lieftinck. 194ob, in Corbet).
Ces préférences nocturnes montrent certaines adaptations pour ces espèces, comme la taille très importante des yeux, et le vol rapide pour pallier au manque de chaleur nécessaire au métabolisme.
Toujours est-il qu'on raconte qu'au Laos on capture (dans le but de s'en nourrir) les Anax guttatus en placant une bougie dans un grand bol d'eau, on profiterait ainsi de l'attirance de cette espèce pour la lumière... (Insectes - n° 140-2006(1) - Nicolas Césard)!
Les libellules respirent-elles sous l'eau ?
Oui et non! Non, car elles ne savent pas directement utiliser l'oxygène dissous dans l'eau n'étant pas dotées de branchies.
Elles sont donc obligées d'utiliser un autre moyen pour descendre sous l'eau et y rester parfois des dizaines de minutes. Leur cuticule hautement hydrophobe, souvent garnie de soies minuscules est capable de capturer une très fine lame d'air qui recouvre le corps (et parfois les ailes) et apparaît parfois comme une enveloppe argentée autour de la libellule. L'air contenu dans cette bulle, en communication avec les stigmates, est alors utilisé durant la plongée.
Les libellules font des migrations ?

Anax junius aux USA fait des centaines ou milliers de km. P. flav. traversent l'océan entre l'Inde et l'Afrique de l'est.
Le but de la migration: passer d'un habitat qui se dégrade vers un habitat plus propice, en raison de changement climatique . Mais cette explication est applicable aux espèce migrant régulièrement pas à celles qui comme L. quadrimaculata en Europe, (ou A. epphipiger ?) le font de façon erratique (10 ans en moyenne pour L. quadri ). Spécificité des Anisoptères. Connus pour migrer régulièrement les genres Pantala (flav et hymenaea), Tramea (lacerata), Sympetrum (corruptum) , Libellula (all Libellulidae), Anax (junius), Aeshna, and Epiaeschna.
Donc pour les migratuers réguliers une réponse adaptative. Pour les irréguliers comme quadri peut-être due à des émergences simultanées dues à un retard (printemps froid) puis une réponse de masse au fait que certains vol déclenbchgant le vol des uatrres et stimulés par une haute infestation de nématodes.

Aux USA le mieux connu car le migrateur le plus communément observé est A. junius, entre fin juillet et mi-octobre avec un pic en septembre, migrant le long de lignes topographiques directrices comme des côtes ou les rives de lacs, après de larges fronts froids.
Mais A. junius s'avère complexe avec 2 cohortes: une qui apparaît fin juin à mi-juillet et qui finit l'oviposition début août, une autre qui apparaît fin août et septembre après que les adultes de la première cohorte soient morts. Il y a clairement 2 types de larves: une qui apparaît en aôut mais subit une diapause hivernale pour émerger en juin. Une autre qui est la descendance d'adultes ayant migré dans la région au début du printemps, qu'on a vu pondre en avril, qui subit une croissance accélérée avec le réchauffement de l'eau en été, émerge à la fin de l'été et quitte en grande majorité son lieu de naissance encore immature pour migrer vers le sud. Elles s'y rerpoduisent et on suppose qu'une partie de leur descendance remonte alors vers le nord pour recommencer le cycle. Cette migration vers le nord peut apparaître comme une stratégie de colonisation de territoires nordiques...
D'autre part comme les 2 populations ne se rencontrent pas les divergences génétiques et même la spéciation est envisageable. Il faut cependant relativiser cette stricte séparation entre les 2 cohortes décrite par Trottier, qui ne reflète pas la stricte réalité et n'est pas aussi tranchée qu'on le pensait (il n'ya pas de différence génétique entre les 2 cohortes...).

Des radio transmeteurs malgré leur poids (25% du poids de l'insecte) ont montré que les A. junius parcouraient 140 km/j pendant 12 jours et se nourrissaient. Autre étude montre qu'ils parcourent entre 900 et près de 3000 km.

 

Ou dorment les libellules ?

Les libellules ont besoin de chaleur pour être actives et dans nos contrées, et sauf en été, on ne voit plus de libellules voler quand la nuit tombe. Il en est de même le matin, tant que la température n'a pas atteint un certain seuil rien ne vole. Où ont elles donc passé la nuit?
Bonne question! Trouver des libellules posées immobiles dans la journée est parfois difficile, il est donc normal que ce soit encore plus délicat la nuit. D'autant que peu d'odonatologues prospectent la nuit. Les 2 seules fois ou je suis tombé sur un odonate la nuit est très près d'une habitation, où l'insecte avait certainement été perturbé par la lumière.
On suppose qu'elles se cachent des prédateurs en se réfugiant dans les arbres ou les arbustes ou leur petite taille et la forme discrète de leur abdomen les confondent avec les rameaux. Ceci en tout cas pour les Anisoptères et de nombreux zygoptères.
Car on peut parfois, au matin ou au petit matin, observer des zygoptères près des points d'eau en de véritables dortoirs ou des dizaines d'individus sont rassemblés: et pas de doute ils ont bien passé la nuit sur place comme en témoignent leur corps et leurs ailes couverts d'une rosée qui les empêchera de s'envoler tant qu'elle ne sera pas évaporée...
Voir ici.

Les libellules et l'eau salée...
On trouve des libellules sur tous les continents, dès qu'il y a de l'eau libre, libre de glace, et elles sont donc absentes de l'Antarctique. Est-ce pour autant qu'elles ne supportent pas l'eau de mer?
Certaines sont connues pourtant pour apprécier les milieux salés comme notre Lestes macrostigma qu'on ne rencontre qu'en bord de mer en France.
D'autres espèces sont "tolérantes" et supportent un certain taux de salinité; Lestes dryas, Onychogomphus uncatus, Cordulegaster boltonii en font partie.
On a aussi apporté la preuve que Enallagma cyathigerum, Orthetrum cancellatum, Ischnura elegans et sans doute aussi Aeshna serrata (Baltic hawker) se reproduisent dans la Mer Baltique, une mer certes peu salée à environ 10g/l. En Estonie Enallagma cyathigerum, Orthetrum cancellatum, Ischnura elegans sont même plus communs le long de la Mer Baltique qu'ailleurs!
On pourrait citer bien d'autres espèces (Macrodiplax cora en Asie, Onychogomphus costae au Maroc...) mais la spécialiste unanimement reconnue est Erythrodiplax berenice (Seaside dragonlet!), une espèce américaine dont la distribution s'étend de l'Equateur au Canada; dans les Florida Keys, archipel situé au sud de la Floride, les larves de cette espèce s'accomode parfaitement d'une eau dont la salinité est très variable et peut atteindre 48g/l (environ 33g/l pour l'Océan Atlantique).
Yeux
Les odonates ont les yeux les plus gros de tous les insectes, et le plus grand nombre d'ommatidies (Corbet, 1999). Les yeux des grosses espèces comprennent environ 30.000 ommatidies ou yeux élémentaires, capables d'enregistrer 200 impulsions par secondes; en conséquence pour inviter une libellule au cinéma il faut tourner des films en 200 images par seconde et non pas 24 ou 30/s comme pour nous pauvres humains.
Western North American Naturalist 77(1), © 2017, pp. 99–101
OBSERVATION OF AN AMERICAN BLACK BEAR EATING ODONATES IN YOSEMITE NATIONAL PARK
Karla T. Moeller, Alina K. Moeller, Francisca Moyano, and Erick J. Lundgren

"Le 13 juin 2015 de 17:39 jusqu'à environ 17:55 (heure du Pacifique) KTM, AKM, and FM ont observé un ours noir ingérant des libellules en émergence au lac du Chien dans le Parc National Yosemite, Californie. Les rives du lac du Chien sont densément végétalisées avec des plantes émergentes de milieux humides comme des Carex sur lesquels il y avait de nombreuses libellules fraîchement émergées. Il y avait approximativement 11 libellules émergées pour 50 tiges (comme mesuré par KTM et EJL séparément, en comptant plus tard les tiges et les libellules sur photos) et un grand nombre d'exuvies. 
Nous avons d'abord vu l'ours noir alors qu'il marchait près du bord du lac. Il est entré dans l'eau et s'est déplacé le long de la berge. Il a pataugé doucement mangeant directement les libellules sur les rameaux. Il ne tirait pas les carex ni visiblement ne les mâchait comme il aurait du faire s'il les mangeait, alors que c'est une nourriture connu d'autres ours dans le Yosemite (Graber and White).
De notre observation nous avons été incapables d'évaluer le nombre de libellules mangées par l'ours durant cette période ni si les exuvies étaient également ingérées."
Foire aux réponses
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