Anax imperator mauricianus mâle
Anax imperator mauricianus mâle

Énorme coup de chance le 17 octobre 2015, en passant le long de la "Mare à Joncs" à Cilaos (1220 m d'altitude) d'apercevoir posé près du bord ce magnifique Anax imperator mauricianus. Une fois en France, j'ai recherché ce qui pouvait le différencier de notre espèce française, Anax imperator imperator car l'espèce montre une aire de distribution gigantesque depuis la Suède et l'Irlande au nord et à l'Ouest, jusqu'à l'Afrique du sud (et la Réunion) au sud, et l'Inde à l'Est. En comparant mes clichés je n'ai trouvé aucune différence et je finissais par penser que comme parfois, c'était au niveau des organes sexuels secondaires, pénis et hamules, qu'il fallait trouver la différence, à la loupe ou à la binoculaire. Des recherches m'ont fait comprendre que c'est un vieux débat.
On lit par exemple dans The Dragonflies of Southern Africa, 1951, E. G. G. Pinhey, que "les différences entre imperator et mauricianus ont été discutées par Rambur 1842, MCLachlan 1883 and 1903, et par Ris en 1908 et 1921. La sous-espèce européenne a été considérée comme plus robuste, comme ayant les appendices anaux moins excisés (les différences sont subtiles!) sur leur marge interne avant l'apex, des ptérostigmas légèrement plus grands et comme étant légèrement différents dans leur coloration.
Comme Ris le souligne, ils ont des coloration similaires pour des sujets frais, thorax vert, abdomen bleu ciel; les appendices ne semblent pas montrer de différences constantes. Les ptérostigmas et les mensurations sont variables. Tous les spécimens locaux au Musée du Transvaal ont un abdomen distinctement plus mince, en fait tout le corps est moins robuste que ce n'est le cas des exemples européens de France."
Dans Dragonflies of the World, 2001, Jill Silsby, il est mentionné "qu'une différence entre Anax imperator imperator et Anax imperator mauricianus serait l'envergure moyenne: 100 mm pour le premier, 105 à 110 pour le second".
Dans les Annales du South African Museum, 1921, V 18, on découvre que "les différences entre cette forme (mauricianus) et l'A. imperator européen ont été discutée dans un document de Schultze; le matériel additionnel ici rapporté prouve une fois de plus que les différences sont extrêmement légères. Un des mâles de Loreuco Marques (ancien nom de Maputo, capitale du Mozambique) est conservé et montre qu la couleur de base de l'abdomen est juste du même bleu-ciel pur et lumineux que ce que nous connaissons dans la forme européenne. Effectivement, si l'ancien nom n'avait pas un droit historique, l'auteur aurait à peine trouvé valable la distinction sub-spécifique de la forme africaine."
Fraser (grand odonatologiste anglais à qui on doit entre autres 3 volumes dans la Fauna of British India, énorme travail!) écrit:
"J'ai reçu un seul mâle de cette espèce de M. Vinson pris sur la rivière Moka (ile Maurice). Après l'avoir comparé à Anax imperator Leach (spécimen anglais) je suis incapable de trouver aucun point de différenciation. J'ai aussi examiné un grand nombre d'autres spécimens de différentes régions d'Afrique avec le même résultat. J'en viens à la même conclusion que Ris que ce n'est qu'une forme (racial form) de imperator..."


Déjà tout ceci oriente vers la non validité de cette sous-espèce. Si l'on ajoute la réponse de Klaas-Douve Dijkstra à ma question, le débat semble clôt. Dans "Phylogeny, classification and taxonomy of European dragonflies and damselflies (Odonata): a review", K.-D. B. Dijkstra & V. J. Kalkman, Gesellschaft für Biologische Systematik 2012, il rappelle les notions d'espèces et de sous-espèces. Dans une communication personelle il m'explique de façon plus détaillée (j'avais du mal à comprendre...) que " la plupart des auteurs décrivent une sous-espèce quand il ne sont pas sûr d'avoir affaire à une espèce. Cependant, quand on décrit une espèce on n'introduit qu'un seul nouveau taxon, mais on en introduit 2 avec une sous-espèce: la nouvelle sous-espèce et la sous-espèce nominale! Par définition 2 sous-espèces ne peuvent pas apparaître ensemble, alors il faut aussi connaître leur géographie, ce qui souvent n'est pas le cas. De ce fait il faut être plus, et non moins précis et documenté, quand on décrit une sous-espèce.
Au final, après inspection minutieuse, la plupart des sous-espèces apparaissent soit vraiment distinctes (alors pourquoi ne pas en faire une espèce) ou pas vraiment distinctes (alors pourquoi leur donner un autre nom ?)."
Dans un mail il m'exprime clairement son opinion à propos de Anax imperator mauricianus; "This is not a taxon to worry about, nor are almost all "subspecies" in Odonata! " "Il ne faut pas s'occuper, se soucier de ce taxon, comme de la plupart des sous-espèces des odonates."

Les différences étant quasiment imperceptibles entre les 2 sous-espèces d'Anax, elles n'ont donc pas lieu d'exister. Si j'ai utilisé ici cette dénomination, c'est uniquement pour développer l'argumentation de K-D. Dijkstra, référence de la Phylogénie et de la Taxonomie des odonates.

La Réunion - Anax imperator mauricianus (?) 1/3
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